La beauté :Sens inné ou décret social ? d'après le livre de Frédéric Spinhirny

 


La Beauté : Sens inné ou décret social ?

Par le Dr Vladimir Mitz

L’interview de Frédéric Spinhirny dans Libération (2 février 2026) à l’occasion de la sortie de son ouvrage Le privilège du Beau (PUF) soulève un débat essentiel : la beauté est-elle une construction arbitraire servant la domination sociale, ou un déterminisme biologique inscrit dans nos gènes ? Si l’auteur plaide pour une déconstruction politique de ce « privilège », ma pratique de chirurgien esthétique et les neurosciences m'imposent une conclusion inverse : la beauté ne se décrète pas, elle se ressent. Elle n'est pas un instrument modulable par la loi, mais un sens inné.

L’erreur du tout-sociologique

Spinhirny voit dans la beauté une norme héritée, une « grammaire » imposée par les classes dominantes et le star-system. Il propose d'ailleurs des mesures radicales — comme des quotas de diversitéhysique — pour neutraliser ce qu'il nomme la « tyrannie de l'apparence ».

Cette approche me paraît doublement réductrice. D’une part, elle traite l’humain comme une tabula rasa (table rase) que l’on pourrait reprogrammer par décret. D’autre part, elle confond la reconnaissance de la beauté (un réflexe neurologique) avec son exploitation (un fait social).

Le cerveau n’attend pas la culture

Contrairement à ce que suggère une vision purement sociologique, le sens du beau est pré-câblé. Les travaux de Judith Langlois ont démontré que des nourrissons de quelques mois fixent plus longtemps les visages jugés attractifs. À cet âge, l'enfant n'a lu aucun magazine de mode et n'a subi aucune influence médiatique. Son cerveau réagit à des invariants biologiques.

La beauté agit comme un signal évolutif :

  • La symétrie et la santé : Ce ne sont pas des caprices esthétiques, mais des indicateurs de santé génétique. Si l'asymétrie légère crée le charme, la symétrie bilatérale reste un marqueur universel de bon développement.

  • Le « shoot » de dopamine : L’imagerie cérébrale (O’Doherty, 2003) montre que la vue d’un visage beau active le cortex orbitofrontal. C’est le circuit de la récompense, le même qui réagit à la nourriture ou à l'argent.

On ne peut pas « déconstruire » par la loi un réflexe neurochimique. Vouloir abolir le privilège de la beauté par des quotas, c’est comme vouloir abolir le privilège de l’oreille absolue ou du génie mathématique : c’est nier la diversité de la nature humaine au nom d’un égalitarisme abstrait.

La chirurgie esthétique : outil de libération ou de soumission ?

C’est ici que mon expérience de praticien diverge radicalement de l’analyse de Spinhirny. Là où il voit dans la médecine esthétique une capitulation face aux diktats, j'y vois souvent une conquête de l’autonomie.

Le patient qui sollicite une intervention ne cherche pas à devenir un « clone » publicitaire, mais à corriger une dissonance entre son ressenti intérieur et son image projetée. L’individu souffrant d’un complexe ne subit pas une tyrannie extérieure ; il vit une oppression intime. En rectifiant un défaut physique, nous ne créons pas de la standardisation, nous restaurons une harmonie personnelle. Comme le suggérait le professeur Jean Bernard, si la science offre la possibilité d’améliorer la condition humaine — même dans sa dimension charnelle —lpourqoi le refuser, puisque cela existe et est possible.

Conclusion : Légiférer sur le regard est une impasse

Dans mes souvenirs d'écolier, certains camarades possédaient cette « lumière » naturelle, cette grâce du mouvement, sans qu'aucun professeur ne nous ait appris le nombre d'or. Cette perception est immédiate. Elle dépasse les frontières : un regard peut être captivé par une beauté asiatique, africaine ou européenne avec la même intensité, car les structures profondes de l'harmonie sont universelles.

Si Frédéric Spinhirny a raison de dénoncer les discriminations — combats qui relèvent de la justice sociale — il fait fausse route en voulant modifier la structure de notre désir. La société ne va pas vers un anonymat clonique, mais vers une quête de singularité. La beauté est un instinct archaïque que la culture peut tempérer, mais jamais effacer. Prétendre le contraire, c'est refuser de voir l'homme tel qu'il est : un être de chair et de pulsions, dont le premier rapport au monde passe par l'émerveillement des yeux.




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